Article récit
Autrice : Elizabeth Mortamais1,2,3
1 architecte DPLG, paysagiste DPLG
2 docteure en sciences de l’information (Paris 8)
3 HDR – architecture (Paris 10)
DOI : https://doi.org/10.82585/fw0x-qa23
[Résumé : Cet article interroge la place de l’intelligence artificielle dans le processus de conception architecturale. L’auteure développe l’hypothèse d’une genèse à partir d’un inexistant : concevoir, c’est faire surgir ce qui n’existe pas encore, dans un processus génétique marqué par le flou, l’indécidabilité et l’intentionnalité. Le processus de conception se distingue par son caractère infralogique, procédant par transformations successives plutôt que par opérations calculables. L’image y joue un rôle de transducteur : elle ne re-présente pas un objet absent, mais présente ce qui est en train d’advenir. Figures et diagrammes constituent des cristaux de temps qui maintiennent productif le flou initial, permettant l’exploration de multiples alternatives. L’article examine les tensions entre cette logique de conception et l’IA générative. Celle-ci, fondée sur la calculabilité et la réduction d’incertitude, entre en conflit avec une activité qui requiert le maintien de l’incertitude comme carburant créatif. Les prompts textuels peinent à saisir la richesse polysémique des signes où le signifiant précède et fait advenir le signifié. L’auteure propose néanmoins des pistes d’intégration ajustée de l’IA : comme assistant dans l’exploration phylogénétique des corpus de références, ou pour nourrir l’adaptation épigénétique de l’objet à son milieu. Cela nécessite de constituer des bibliothèques de référents pertinents et d’identifier les moments stratégiques d’intervention, en pleine conscience de la spécificité du processus créatif architectural.]
[Abstract : This article examines the place of artificial intelligence in the architectural design process. The author develops the hypothesis of a genesis from the non-existent: designing means bringing forth what does not yet exist, through a genetic process marked by vagueness, undecidability and intentionality. The design process is distinguished by its infralogical character, proceeding through successive transformations rather than calculable operations. Images play a transductive role: they do not re-present an absent object but present what is coming into being. Figures and diagrams constitute time crystals that maintain the productive vagueness of the initial stage, enabling the exploration of multiple alternatives. The article examines tensions between this design logic and generative AI. The latter, based on calculability and uncertainty reduction, conflicts with an activity that requires maintaining uncertainty as creative fuel. Textual prompts struggle to capture the polysemic richness of signs where the signifier precedes and brings forth the signified. Nevertheless, the author proposes paths for adjusted AI integration: as an assistant in phylogenetic exploration of reference corpora, or to nurture the epigenetic adaptation of the object to its environment. This requires building libraries of relevant references and identifying strategic moments for intervention, with full awareness of the specificity of the architectural creative process.]
